Grâce à un sens aigu de l'observation et
de l'humour, Oguz Atay nous dévoile un univers étrange, à travers le destin de
personnages drôles et pathétiques, incontournables témoins d'un monde où le grotesque
rivalise souvent avec le tragique. Imprévisibles et captivantes, ces histoires nous
invitent à un voyage singulier dans la littérature turque.
Oguz Atay est né à Inebolu en 1934. Il a publié son premier roman en 1971.
Considéré comme l'une des figures majeures de la littérature turque, il est l'auteur de
romans, d'une pièce de théâtre, d'un journal et d'une oeuvre restée inachevée à
cause de sa mort prématurée, en 1977. Oguz Atay est reconnu comme un écrivain
intemporel de la littérature turque du 20ème siècle. Son oeuvre intégrale est
régulièrement rééditée en Turquie.
- Ed. L'Harmattan, 2010, 278 pages
"L'islam républicain. Ankara,
Téhéran, Dakar" de Jean-François Bayart
L’expression « islam républicain »
sonne comme une provocation. Néanmoins, pourquoi douter de la compatibilité de l’islam
avec la République quand des centaines de millions de musulmans vivent sous ce régime ?
En République, ce qui ne veut pas forcément dire en démocratie, mais ne l’exclut pas
pour autant. On sait par ailleurs que la laïcité a souvent légitimé l’autoritarisme.
Sur la base de ces constats dérangeants, Jean-François Bayart nous conduit en Turquie,
en Iran, au Sénégal. Chacun de ces pays vit en République, et chacune de ces
Républiques est singulière. L’islam, en soi, n’explique rien, notamment pas cette
diversité des trajectoires républicaines dans les pays musulmans. Son interprétation et
sa pratique divisent les croyants autant qu’elles les réunissent.
L’islam républicain résulte de son interaction avec l’État
et le marché, bref de l’histoire générale plutôt que de la seule religion. Cette
remarquable leçon de choses politique nous ramène au pragmatisme principiel des
fondateurs de la iiie République française, « opportuniste » et « transactionnelle
». L’islam est soluble dans la République, pourvu qu’on lui en laisse le temps et
que l’on retrouve le sens des proportions.
- Ed. Albin Michel, 2010, 426 pages
"Un oeil
sur le bazar" de Dominique Dolmieu, Zeynep Su Kasapoglu, Sedef Ecer
Dans la multitude de clichés qui jalonnent
le paysage des relations entre la Turquie et le monde francophone, l’un d’entre eux au
moins croise l’univers du théâtre, le lieu pour y voir : le nazar boncugu, que l’on
accroche un peu partout, et qui protège du mauvais oeil et des flatteries. Le bazar,
c’est ainsi donc que certains francophones appellent parfois le théâtre, au moins dans
le sens où nous l’entendons : un lieu d’échanges et de foisonnement, où des
artistes portent un regard sur le monde qui les environne.
Il en va donc ainsi du théâtre turc. Un théâtre qui n’a pas renoncé à sa
tradition, celle du théâtre d’ombres, du conte ou du théâtre en rond. Un théâtre
riche de nombreuses saveurs, arménienne, juive, kurde, chypriote, balkanique, et
française, bien entendu. Un théâtre moderne, récent et donc neuf, parfois
d’introspection individuelle, mais bien plus souvent en lien tout à fait étroit avec
les luttes sociales et politiques qui ont construit la Turquie d’aujourd’hui.
- Ed. L'Espace d'un Instant, 2010, 432 pages
"Mehmet
Ulusoy. Un théâtre interculturel" de Béatrice Picon-Vallin et Richard Soudée
Mehmet Ulusoy, aristocrate caucasien, est
venu au théâtre dès le lycée par la pra-tique amateur et la lecture de Nazim Hikmet,
qui sortira le théâtre dans la rue et sur les places de village et prendra tous les
risques pour faire du théâtre engagé. Au carrefour de plusieurs cultures — la culture
populaire turque (karagoz, marionnettes, art du conteur tekerlemé, fêtes) et le
théâtre d’art européen (le Piccolo de Strehler et le Berliner Ensemble où il sera
assistant ou stagiaire) auquel s’adjoindra plus tard la culture caribéenne de l’île
de la Martinique —, Ulusoy occupe une place particulière dans l’histoire du théâtre
français du dernier quart du XXe siècle où s’est déroulée une grande partie de sa
carrière et dont il est un des étrangers actifs : en 1972, après avoir fui la Turquie,
il y fonde une troupe sans lieu fixe où se rassembleront des acteurs et des artistes
venus de différents pays voire continents — comme chez Mnouchkine, Serreau et Brook,
mais à leurs marges. Pour Ulusoy, quelle que soit son origine, un acteur entrait dans une
distribution, non pour jouer un personnage, mais pour faire un spectacle, avec un groupe.
Entre Turquie, France et Martinique, il va pratiquer un théâtre
libre (« de Liberté », c’est le nom de son théâtre) et nomade, profondément
politique et contestataire sans slogan ni didactisme, en s’appuyant sur les pratiques de
Brecht et Meyerhold, en se nourrissant de la théorie du grotesque qu’il appelle aussi
fantastique — en admirateur de Brueghel qu’il est. Son théâtre est un théâtre de
montage, tant dans le travail dramaturgique sur des textes qui au départ ne sont pas du
théâtre que sur celui du jeu de l’acteur.
- Ed. L'Age d'Homme, 2010, 280 pages
"La Turquie des enfants"
64 pages de jeux pour découvrir la Turquie
et sa culture...A partir de 7 ans
Un lointain et
riche passé, des paysages surprenants, une cuisine savoureuse, un art fascinant, un
véritable sens de l'hospitalité. La Turquie offre une grande variété d'impressions et
de découvertes.
Avec ce livret, les enfants vont pouvoir explorer le pays
de façon simple, ludique et pédagogique. C'est pour eux un compagnon de jeu et d'éveil.
Bon voyage.
- Ed. Bonhomme de chemin, 2010, 61 pages
>>>COMMANDER<<<
"Héritage et modernité" de Nâzim Hikmet
Cet ouvrage collectif consacré au poète
Nâzim Hikmet (1902-1963) reprend une partie des actes du colloque tenu à Paris en 2002
pour célébrer le centenaire de la naissance de l'artiste, augmenté de plusieurs
contributions inédites, concernant en particulier sa réception en Italie, Espagne,
Pologne, etc. et de documents iconographiques rares.
Cet ouvrage synthétique présente le bilan des recherches le concernant -
l'oeuvre du romancier et du dramaturge est aussi abordée - au niveau turc et européen.
Une bibliographie très complète accompagne l'ouvrage.
- Ed. Petra, 2009, 86 pages
"Un rêve de Beyoglu" de
Demir Özlü
Fasciné par les ombres du passé
cosmopolite de la ville, sous la houlette du Comte de Lautréamont et de la Nadja d'André
Breton, le narrateur de cette errance sentimentale et architecturale plonge dans les
quartiers francs d'Istanbul.
Entre le Péra
d'autrefois et le Beyoglu d'aujourd'hui, il fait l'expérience de la solitude et croise un
amour aussi sombre que les façades des immeubles rongés par le temps...
- Ed. Petra, 2009, 86 pages
"Sept derviches" de Nedim Gürsel
Nedim Gürsel nous introduit de plain-pied
dans l'univers des derviches anatoliens pour percer le secret de leurs vies légendaires.
Il entreprend un long voyage sur les mevlévisme et du bektachisme, dont les récits sont
restés vivants dans la Turquie d'aujourd'hui.
Au
coeur de la steppe, sur les flancs du mont Taurus à Antalya, Manisa, Konyal, surgissent
les exploits de Hadji Bektas Veli, grande figure du soufisme anatolien, les miracles
d'Abdal Musa, les aventures merveilleuses du poète hérétique Kaygusuz Abdal, ou encore
les vers de Celaleddine Rumi, fondateur de l'ordre des derviches tourneurs et incomparable
chantre de l'amour spirituel.
Un périple envoûtant qui transmet au lecteur toute la
profondeur et la beauté d'un des grands courants de l'islam.
- Ed. Seuil, 2010, 215 pages
"Le turban et la stambouline" de
Jean-François Solnon
La prise de Constantinople (1453), la
bataille navale de Lépante (1571), le siège de Vienne (1683), les massacres des
patriotes grecs à Chio (1822) ou l'entrée en guerre aux côtés de l'Allemagne en 1914
jalonnent des siècles d'affrontements sans cesse recommencés entre l'Europe et l'Empire
ottoman. Pourtant, la chrétienté et les sujets du sultan d'Istanbul ne parlèrent pas
seulement - on l'oublie trop - le langage des armes. Ainsi, regardé en Occident comme un
despote d'un autre temps, le sultan sut se faire réformateur, prêt à adopter les
nouveautés culturelles, administratives, juridiques en usage en Europe.
L'apparence même des Ottomans céda à la modernisation : au
turban et au pantalon bouffant, on substitua bientôt la redingote (ou stambouline) et le
fez, avant que Mustafa Kemal n'imposât le chapeau. Si bien qu'à la peur des Turcs,
l'Europe mêla la curiosité, à la répulsion un certain attrait, au refus de l'autre une
troublante fascination. Elle adopta ses tapis, ses tulipes, son café, l'architecture de
ses kiosques et ses rythmes musicaux. L'Empire ottoman et l'Europe, tout en se déchirant,
ne se sont pas ignorés ; ils ont su commercer, s'allier ou nouer des relations
diplomatiques. En brossant près de sept siècles de relations à la fois belliqueuses et
pacifiques, en faisant dialoguer des cultures que tout semblait séparer, l'ouvrage de
Jean-François Solnon bouscule nombre de préjugés.
- Ed. Perrin, 2009, 626 pages
Türkiye 'de Ermeni Kadýnlarý ve Çocuklarý
Meselesi (1915-1923) - Dr Ibrahim Ethem Atnur
Bu çalýþma kimsesiz Ermeni kadýn ve
çocuklarýný koruma hususunda Türk yönetimleri ve Batýlý misyoner teþkilatlarýn,
1915-1923 döneminde yürüttüðü çalýþmalarý yerli ve yabancý kaynaklar
ýþýðýnda gözler önüne sermektedir.
Milyonlarca
sivil halkýn zarar gördüðü, daðýldýðý ve öldüðü bir dönemde Ermeni kadýn
ve çocuklarý için yabancý misyonlarýn aslýnda bir þans olduðu eser içerisinde yer
aldýðý gibi, Türk idarelerinin bu husustaki uygulamalarý da ilk defa net bir þekilde
ortaya konulmaktadýr. Çalýþma bu yönleri ile hakkýnda söz söylenen ama pek
bilinmeyen bir konuyu araþtýrmacý ve okuyucular ile buluþturmaktadýr.
- Ed. BABIL YAYINCILIK, 2005, 361 pages
"Jeunes originaires de Turquie" de Mahir
KONUK
La présence de l'immigration provenant de
Turquie, massifiée à partir des années 70, nous apprend beaucoup sur la société
française en crise. En étudiant les parcours biographiques d'une quarantaine de jeunes
turques qui ont réussi à atteindre un niveau d'études supérieures, l'auteur
s'interroge sur les dimensions spatio-temporelles multiples de cette crise, à savoir la
communauté, la famille, l'école et la société ambiante.
Les expériences individuelles de ces jeunes, "rescapés" du destin
ouvrier de leurs parents, nous montrent en effet comment le fait migratoire se trouve
transformé en un fait de miroir de la société environnante qui mêle, par et en dépit
d'une crise planétaire, les destins des immigrés et des autochtones.
- Ed. L'Harmattan, 2009, 233 pages
"Istiridye
Mantari" de M. Ertuðrul Ilbay
Bugün bitki biliminde, dünya tarýmýnda
belki de en önemli ilerleme mantarlarýn kültür tekniklerinde görülen geliþmedir.
Geçen 15-20 yýl içerisinde bütün dünyada mantarcýlýk alanýnda olaðanüstü bir
geliþme yaþanmýþtýr. Son zamanlarda kanser dahil birçok hastalýðýn tedavisinde
etkili maddeleri bünyelerinde bulundurduklarýnýn anlaþýlmasýyla mantarcýlýðin ne
kadar önemli olduðu apaçýk ortaya çýkmýþtýr.
Mantarcýlýk geleceði olan bir konudur. Henüz dünya üzerinde 1.5- 2.0 milyon
kadar olduðu tahmin edilen mantar türlerinin %70-80 'i bilinmemekte, bu durum
araþtýrýcýlar için büyük bir kaynak oluþturmaktadýr.
Pour plus d'informations & commander : 00 90
533 328 344 18
- Ed. Kitap, 2008
"Ganoderma lucidum" de M.
Ertuðrul Ilbay
G. lucidum bünyesinde bulunan maddelerden
dolayý son yillarda týp alanýnda kullanýlmaya baþlanmýþ, halen üzerinde en fazla
çalýþýlan makro medikal mantar türlerinden birisidir.
Medikal mantalarýn insan saðlýðýna etkisi ile týp alanýnda kullanýmýna
yönelik olarak dünyada çok sayýda bilimsel makale, yayýn, kitap v.b. bulunmaktadýr.
Bugün sadece Uzak Doðu Asya ülkeleri deðil birçok geliþmiþ ülkede çok sayýda
medikal mantar türleri doðrudan týp alanýnda, destekleyici tedavide ve besin desteði
olarak yaygýn bir þekilde kullanýlmaktadýr.
Pour plus d'informations & commander : 00 90
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- Ed. Kitap, 2008
"Le
soufisme. Voie mystique de l'islam" de Thierry Zarcone
Le soufisme, apparu peu après la mort du
Prophète Mahomet, repose sur deux idées essentielles : la conviction que le Coran
possède un sens caché qui complète son message apparent, et la nécessité d'en faire
une lecture intériorisée pour favoriser l'élévation spirituelle des musulmans. Voie
mystique de l'islam, le soufisme encourage l'émergence de formes de dévotion nouvelles :
méditations, retraites, invocations, chants et danses extatiques. A partir du XIIIe
siècle, les communautés soufies se structurent en grandes confréries dont l'influence
s'exerce sur la vie religieuse mais aussi politique, sociale et culturelle.
Historien, spécialiste du soufisme, Thierry Zarcone retrace le cheminement de ce courant
ésotérique présent dans l'ensemble du monde musulman, de l'Afrique à l'Inde, de l'Asie
centrale à la Chine et à l'Indonésie. On voyage dans le temps et dans l'espace à la
découverte des doctrines, rites et pratiques mystiques dont la diversité prouve la
capacité de dialogue et d'échanges avec les autres traditions religieuses, et met en
lumière la dimension universelle du soufisme.
- Ed. Gallimard, 2009
"L'invité" de Bilgesu Erenus
En allemand, « travailleur immigré » se
dit « Gastarbeiter », c’est-à-dire « travailleur invité ». Arrivés dans les
années 60, de nombreux travailleurs émigrés turcs se sont finalement établis en
Allemagne, tandis que d’autres ont « choisi » le retour. C'est le cas de Musa, «
invité » à travailler dans les usines allemandes, qui s’invite à son tour dans son
propre village, où il se retrouve comme un étranger. Ses amis, selon la tradition des
corporations d’Anatolie, se mettent alors à représenter ensemble, pour mieux se
comprendre, ce qui est arrivé entre passé et présent. Ils improvisent différents
épisodes de l’histoire de Musa : de sa jeunesse de berger à son départ, de sa vie en
Allemagne à son retour au pays. Il s’agit donc toujours et encore de la place de
l’autre, qu’il soit immigré ou simplement différent, et de son acceptation par le
corps social. La situation de Musa a ceci de particulier qu’il se situe entre deux
cultures, aux référentiels différents : son étrangeté et sa dépossession sont
doubles. Mais les aventures de Musa montrent que les véritables aliénés sont ceux qui
vivent à l’intérieur de frontières construites socialement. L’Invité a été
créé en 1988 par Isil Kasapoglu au Théâtre des Amandiers de Paris.
- Ed. L'Espace d'un Instant, 2009, 95 pages
"Les pouls du monde - Dünyanýn
nabzý" de Keziban YILDIZ
Les feuilles de vignes farcies au riz
mijotent à feu doux.
Les "börek" aux épinards se dorent recto verso au soleil du grill.
Les "lokum" à la pistache et les parts de "baklava" restent assis
sagement dans une assiette décorée.
Emerge de ces mots cuisinés un parfum d'Anatolie.
- Ed. Les dossiers de l'Aquitaine, 2009, 50 pages
"Sur le seuil" de Sedef Ecer
Extrait de la préface :
"Tout de suite, nous désirions franchir ce seuil tant nous avons été attirés par
ces « mini-fictions » au cours desquelles il est justement question de franchir
l’entrée dans un univers, un univers composé de mosaïques. Une chose a
particulièrement retenu notre attention : derrière la fluidité de la langue, parmi les
reflets d’écriture, il existe une respiration, peut être celle de la jeunesse,
sûrement celle du talent, en tous cas un véritable souffle. Sedef Ecer semble offrir à
notre vue et à notre imagination une sorte d’enchevêtrement ; pourtant celui-ci, loin
de nous faire manquer le sens, nous conduit à interroger la forme théâtrale d’une
façon limpide. Cette faculté vient sûrement de l’expérience cinématographique de
Sedef Ecer, expérience qui l’a guidée pour faire se succéder ces « mini-fictions »,
lesquelles interrogent la notion de franchissement. A nos yeux, franchement, cette
nouvelle auteure, dans notre langue, vient de franchir un grand pas."
Laurent Lalanne, responsable du pôle Auteurs au Centre national
du Théâtre
Jacques Baillon, directeur du Centre national du Théâtre
- Ed. de l'Amandier, 2009, 95 pages, 12euros
"Les filles d'Allah" de Nedim
Gürsel
Un homme se penche sur son enfance. Après
le décès de son père et le départ de sa mère, il est élevé par ses grands-parents.
Le grand-père, propriétaire terrien, juriste, mutilé de guerre et musulman d'une grande
piété, s'efforce de lui inculquer les principes de l'islam tandis que sa grand-mère lui
conte inclassablement des légendes issues de la tradition turque. Il se crée ainsi son
propre imaginaire, hanté par le bien et le mal et les épisodes de la vie de Mahomet.
Devenu adulte, il trouve, parmi les papiers de son grand-père décédé, un carnet de
notes prises en Arabie pendant la Première Guerre mondiale, où celui-ci raconte comment
il a dû combattre d'autres musulmans et défendre la ville sainte de Médine contre les
Arabes insurgés et alliés des Anglais.
Dans ce magnifique roman pour une bonne part autobiographique, scandé en une sorte de
contre-chant par les monologues des filles d'Allah, idoles des Mecquois et des bédouins
avant l'islam, Nedim Gürsel fait un retour sur les sources de sa pensée et de son
écriture, s'interroge sur la foi et sur la Turquie moderne née de la dépouille meurtrie
de l'empire ottoman.
- Ed. Seuil, 2009, 311 pages, 21,50euros
Revue des deux mondes - Objectif Turquie
À l’heure où nous écrivons ces lignes,
la libération sous caution de Clotilde Reiss, arrêtée et accusée d’espionnage par le
régime iranien n’est pas tout à fait acquise. Il y a de bonnes raisons de le penser au
terme d’un procès grotesque, mais, si l’on ose dire, ce n’est pas le plus
important. Le plus important est le spectacle affligeant donné par ce même régime dans
l’organisation d’un tribunal capable des pires mascarades staliniennes. Et l’on
retiendra, par un contraste si éloquent, la dignité de Clotilde Reiss devant ce même
tribunal : car enfin, voilà une jeune femme de 24 ans, sachant parler le persan,
passionnée par l’étude d’une civilisation dont l’héritage spirituel, littéraire,
artistique, philosophique est proprement inouï, se trouvant dans la situation
extravagante de témoigner de cette richesse devant des juges ignares. Car il n’y a
jamais eu d’autres raisons de la présence de Clotilde Reiss en Iran, que cette passion
pour un pays si extraordinaire. L’histoire retiendra cette leçon de mémoire et de
dignité donnée par une jeune femme française à un parterre d’inquisiteurs bornés et
tricheurs. L’histoire retiendra aussi, n’en doutons pas, quelle que soit la rudesse du
chemin pour y parvenir, que c’est bien là, dans cette parodie de justice, un aveu
d’échec terrible et le début de la fin pour le régime actuel. La société iranienne
a évolué, elle se reconnaît plus, à l’évidence, dans un régime qui la trompe et
se montre incapable de comprendre les raisons profondes d’une telle évolution. Nous
vivons peut-être ici le commencement de la fin de cette vague radicale d’islamisme
née dans la furia religieuse d’il y a trente ans. Un autre visage de l’islam pourrait
bien émerger de cet effondrement, on ne peut que le souhaiter. Et ne parlons pas de
l’Afghanistan où les prochaines élections, à condition qu’elles se déroulent
normalement, apporteront là aussi d’heureux signaux.
Raison de plus pour donner à ce numéro de rentrée une place particulière à la
question turque. L’actualité de Téhéran étant venue bousculer le sommaire de ce
numéro, la publication de certains des articles prévus dans ce dossier a été reportée
au numéro de décembre. Pourquoi la Turquie, au-delà de l’actualité immédiate
d’une « saison culturelle » turque de circonstance ?
- 2009, 191 pages, 13euros
"Dernier train pour Istanbul" de
Ayse Kulin
Lorsque Selva - fille de l'un des derniers
descendants de la lignée des Pachas ottomans - tombe amoureuse de Rafael - un jeune homme
juif -, leurs familles vont tout faire pour les séparer et empêcher leur mariage.
Ils s'enfuient en France, mais leur bonheur sera de courte durée. L'arrivée de la
Seconde Guerre mondiale et du régime de terreur hitlérien va les rattraper. Le piège
nazi se referme peu à peu sur eux. A cette même époque, la Turquie se débat pour ne
pas participer à cette nouvelle guerre et choisit la voie de la neutralité vis-à-vis de
l'Axe comme des Alliés. Dans ce roman, basé sur des témoignages réels, Ayse Kulin
relate à la fois l'évolution de son pays pendant le dernier conflit mondial et le
devenir de Selva et de Rafael en Europe.
Elle nous entraîne de la Turquie à Marseille et d'Ankara à Paris, avant de nous ramener
à son point de départ: Istanbul. Dernier train pour Istanbul nous rappelle l'héroïsme
des diplomates turcs, qui, parfois au péril de leurs vies, ont sauvé de l'extermination
nazie des centaines de Juifs piégés en Europe. Les romans d'Ayse Kulin sont captivants
et celui-ci ne fait pas exception. Cet ouvrage parle d'amour et de fuite, avec, en toile
de fond, la description des heures les plus tragiques de l'Histoire européenne.
- Ed. Ramsay, 2009, 303 pages
"Le chant des
tourterelles" de Sema Kiliçkaya
Alep, 1943. La belle Djémilé vient de
perdre Rassime, l’époux que son père lui avait imposé. Alors elle s’en ira, à pied
avec ses cinq enfants, comme s’en va le fleuve Asi qui coule depuis les montagnes du
Liban jusqu’au coeur d’Antakya, en Turquie, la ville où elle est née. Elle va
recommencer sa vie, puis ses enfants et petitsenfants y feront la leur, jusqu’au
départ, jusqu’à l’exil final. Le récit foisonnant court sur trois générations de
femmes, leurs forces, leurs désirs, leurs libertés. En filigrane, les questions
religieuses et culturelles, les rapports entre hommes et femmes, la valeur des racines…
La qualité et la finesse des évocations, la tendresse manifeste que ces personnages
suscitent, ce parfum de nostalgie et de fraîcheur nous entraîneraient sur les sentiers
de l’exotisme…si l’ultime pirouette ne nous perçait le coeur.
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